
3 juillet 2026
« Devenir une plateforme d’innovation sociale »
À l’occasion du premier anniversaire du Fonds AXA pour le Progrès humain, Clément Rouxel revient sur les enseignements d’une première année d’action et trace l’ambition des prochaines : faire du Fonds une véritable plateforme d’innovation sociale, capable d’aider les solutions les plus prometteuses à changer d’échelle.
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Vous célébrez le premier anniversaire du Fonds AXA pour le Progrès humain. En un an, qu'avez-vous le plus appris sur les vulnérabilités d'aujourd'hui ?
Ce qui frappe d’abord, c’est que la prise de conscience progresse, mais reste en décalage avec la réalité. On parle davantage de vulnérabilités – qu’il s’agisse de violences faites aux enfants, de santé mentale, ou, plus récemment, de violences dans le sport – mais les ressources, les solutions et les délais de mise en œuvre restent très insuffisants par rapport à l’ampleur des besoins.
Nous avons aussi été témoins du rôle primordial joué par les acteurs de terrain. Ce sont eux qui, au plus près des populations, identifient les signaux faibles : « Les Déterminés », par exemple, expérimentent des réponses appropriées pour accompagner vers l’emploi et l’entreprenariat des publics défavorisés ; la « Fondation du Patrimoine » adapte les dispositifs de préservation de patrimoine aux réalités locales... Ils portent les solutions les plus innovantes et les plus pertinentes, mais ils manquent souvent de moyens, de relais, et de soutien dans le temps long pour éprouver ces solutions et passer à l’échelle. C’est pourquoi nous privilégions, quand cela est possible, les soutiens pluriannuels, comme avec les Manufactures nationales, que nous accompagnons pour 5 ans.
Tout cela se joue dans un contexte économique et politique compliqué - tensions budgétaires, crispations idéologiques, polarisation - qui freine la mise en place de politiques ambitieuses et accentue la fragmentation. Enfin, nous voyons à quel point les vulnérabilités sont interconnectées. La dégradation de la biodiversité touche d’abord les populations les plus défavorisées, avec un impact direct sur leur santé physique et psychique. Les difficultés économiques, l'isolement social et les troubles de santé mentale se cumulent et créent de véritables effets d'engrenage. Le Fonds nous a appris qu’il faut regarder ces situations dans toute leur complexité, et non en silos.
Comment le Fonds contribue-t-il concrètement à renforcer la cohésion sociale et à protéger les plus vulnérables ?
Nous avons fait le choix d’une approche transdisciplinaire. Les vulnérabilités qui nous occupent ne relèvent jamais d’un seul champ : elles sont sociales, psychologiques, économiques, environnementales. Le Fonds privilégie donc des projets qui croisent les disciplines et rassemblent plusieurs catégories d’acteurs : associations, chercheurs, acteurs publics, parfois entreprises. L’objectif est d’avoir une compréhension globale des enjeux avant d’agir. C’est le sens de la dernière campagne de chaires que nous venons de lancer, qui visent à construire une science ouverte pour et avec tous, en impliquant décideurs et experts aux côtés des scientifiques.
Comprendre avant d’agir, cela veut dire organiser le dialogue entre acteurs, documenter les situations, s’appuyer sur la science autant que sur l’expérience des professionnels de terrain. Une action sera d’autant plus efficace qu’elle est ancrée dans une bonne compréhension des besoins réels.
Pouvez-vous citer un ou deux projets illustrant sa mission ?
Nos actions en faveur de l’océan s’appuient ainsi sur la recherche scientifique, qu’il s’agisse de Tara, qui mobilise les décideurs et partage les connaissances avec les pays émergents, ou de l’IPOS (International Platform for Ocean Sustainability), un outil d’IA bas carbone qui aide les États à accéder aux connaissances marines les plus avancées pour prendre des décisions éclairées en matière de durabilité de l’océan.
Cette même exigence de compréhension guide nos actions les plus directement tournées vers l’inclusion et le « mieux vivre ensemble » pour les populations les plus vulnérables. Nous restons pleinement engagés aux côtés des femmes victimes de violences domestiques, une cause que AXA défend depuis de nombreuses années. Dans le même temps, nous étendons désormais notre action à la protection des enfants, en lançant des initiatives dédiées au soutien des jeunes victimes de violence. Nous soutenons par exemple la création de centres d’accompagnement pour des jeunes victimes de violences, où l’on travaille simultanément sur le soutien psychologique, la reconstruction de la confiance, le suivi social et la réinsertion. Après celui de Paris, le deuxième centre Asterya pour les enfants confiés à la protection de l’enfance vient d’être inauguré à Bordeaux. Depuis mai, 13 nouveaux projets innovants, en France, en Colombie et en Espagne, bénéficient de notre appui à la suite de la première phase dans notre programme de lutte contre les violences envers les enfants - des acteurs de premier ordre dédiés à faire reculer l’inceste, les violences en milieu scolaire ou sportif, ou encore le cyberharcèlement.
Nous finançons aussi des programmes d’appui à des acteurs de terrain envers des publics empêchés, qui combinent médiation, accompagnement social, activités collectives et renforcement des liens entre habitants pour retisser de la cohésion sociale et lutter contre l’exclusion. « Positiv », avec ses programmes d’incubation, aide ainsi les jeunes talents à gagner en confiance, développer leurs compétences et leur réseau, et créer leur entreprise de bout en bout, pour transformer leur potentiel en réussite concrète.
Dans tous ces cas, le rôle du Fonds n’est pas de se substituer aux acteurs existants, mais de leur donner les moyens de faire plus, mieux, et parfois différemment — et de faire passer à l’échelle les solutions qui font leurs preuves, pour un plus grand bénéfice sociétal.
Quelles seront les grandes priorités du Fonds pour les prochaines années, et comment souhaitez-vous en amplifier l'impact ?
Notre priorité est de continuer à innover et à éclairer les transformations à l’œuvre dans nos sociétés, en mobilisant et en animant nos communautés.
Nous allons renforcer notre approche partenariale et transdisciplinaire : travailler encore plus étroitement avec des acteurs locaux, des scientifiques, des ONG, des institutions publiques et privées ; expérimenter des démarches participatives qui co-construisent les solutions avec les populations concernées ; utiliser davantage la donnée pour mieux cibler nos interventions et mesurer l’impact des projets soutenus.
Faire acte de prévention, contribuer à renforcer la résilience des communautés : voilà le type d'actions qui sont au cœur de nos axes de développement. Il ne s’agit pas seulement d’accompagner celles et ceux qui sont déjà en grande difficulté, mais aussi de limiter l’entrée dans la vulnérabilité : mieux détecter, intervenir plus tôt, outiller les individus et les communautés pour faire face aux chocs à venir.
Pour amplifier l’impact de notre action, nous voulons diffuser plus largement les bonnes pratiques issues des projets que nous finançons, identifier les solutions les plus prometteuses et soutenir leur montée en puissance, et créer de véritables réseaux d’acteurs engagés autour de quelques enjeux clés : protection de l’enfance, santé mentale, cohésion et transmission intergénérationnelle par exemple.
In fine, notre ambition est claire : faire du Fonds AXA pour le Progrès humain une plateforme d’innovation sociale, un lieu où se rencontrent des énergies, des idées et des moyens pour apporter des réponses plus efficaces et plus durables aux vulnérabilités d’aujourd’hui et de demain. Et devenir un architecte de solutions, permettant une réponse systémique aux grands enjeux de la cohésion sociale, qui ne laisse personne de côté.
Depuis sa création, le Fonds a appuyé 137 nouveaux projets.
En savoir plus : https://axafoundation.org/fr



