Acquisition d’un chef d’œuvre d’Emile Bernard : 3 questions à Claire Bernardi, conservatrice au musée d’Orsay

Œuvre d’intérêt patrimonial majeur, Le Pardon d’Emile Bernard, dit aussi Les Bretonnes dans la prairie, a rejoint les collections du musée d’Orsay grâce à un mécénat exclusif d’AXA. TOUTES LES ACTUALITÉS  |  Engagement
14 mai 2019

Par son audace formelle sans précédent, ce tableau réalisé en 1888 à Pont-Aven inaugure une nouvelle façon de peindre, en rupture avec les courants artistiques de la fin XIXe siècle et en particulier l’impressionnisme.

En quoi ce tableau constitue-t-il un jalon essentiel dans l’histoire de l’art ? Sur quoi se fonde sa modernité picturale ? Claire Bernardi, conservatrice du patrimoine au musée d’Orsay et commissaire de l’exposition Le “Talisman“ de Sérusier, une prophétie de la couleur, nous répond.

Pourquoi dit-on de cette œuvre d’Emile Bernard qu’elle est le manifeste d’un nouveau style de peinture ?

Claire Bernardi : Parce qu’elle marque un jalon très important dans la peinture de la fin du XIXe siècle. Tout commence à l’été 1888, quand Emile Bernard se rend à Pont-Aven, dans le Finistère, et y retrouve Paul Gauguin. Le 16 septembre, ils se rendent ensemble à la fête patronale de l’église Saint-Joseph qui inspire à Emile Bernard le sujet de sa toile Le Pardon, également connue sous le titre Les Bretonnes dans la prairie. Elle répond à La Vision du sermon de Paul Gauguin, commencée peu avant. Réalisées côte-à-côte, ces œuvres s’affranchissent de l’impressionnisme pour inaugurer un nouveau style de peinture, né du dialogue entre les deux artistes, qui sera qualifié de synthétisme. Ce courant se caractérise par une simplification extrême des formes, le refus de la perspective, l’utilisation de couleurs pures posées en aplats et l’emploi d’un cerne noir servant à délimiter les masses qui n’est pas sans rappeler l’estampe japonaise. Dans l’œuvre d’Emile Bernard, Le Pardon occupe également une place à part quand on sait qu’il renouera plus tard avec un style plus traditionnel. La vision abstraite et recomposée du réel qu’il propose dans ce tableau est en cela emblématique des recherches plastiques de la période 1888-1891. A titre personnel, je suis fascinée par l’intensité lumineuse qui se dégage de ce tableau et la puissance de sa palette, dominée par le vert que l’on trouve par exemple dans la prairie. Emile Bernard innove aussi dans la façon de représenter la figure humaine, avec des traits déformés, et le choix d’un cadrage très osé qui ont eu un impact fort sur les artistes contemporains.

Quel a été justement l’héritage artistique de cette œuvre ?

Claire Bernardi : Par sa radicalité nouvelle, Le Pardon a tout de suite été perçu comme une œuvre manifeste. Van Gogh, à qui Gauguin avait montré ce tableau, en réalise une copie à l’aquarelle dès 1888 tandis que l’année suivante, il est exposé au Café des Arts, à Paris. Son influence sur les peintres du mouvement Nabi est considérable. Parmi eux, Maurice Denis acquiert Le Pardon en 1903 auprès du marchand d’art Ambroise Vollard. Le tableau a ensuite été exposé à plusieurs reprises avec d’autres œuvres majeures de la période, comme Le Talisman de Paul Sérusier ou La Vision du sermon de Paul Gauguin. Elle est restée dans la famille de Maurice Denis jusqu’à son acquisition récente pour le musée d’Orsay.

Comment ce tableau va-t-il s’insérer dans les collections du musée d’Orsay ?

Claire Bernardi : Le Pardon est sans doute l’œuvre la plus prestigieuse d’Emile Bernard. Grâce au mécénat d’AXA, elle rejoint aujourd'hui les collections du musée d’Orsay qui possède déjà dix-huit toiles de cet artiste. Parmi elles, certaines se rattachent à sa période synthétique comme Madeleine au bois d’amour ou Les Bretonnes aux ombrelles, sans présenter toutefois une radicalité aussi poussée. Dans un premier temps, Le Pardon sera exposé au côté d’autres œuvres de Bernard, mais aussi de Sérusier et des Nabis. A partir de septembre, elle occupera une place de choix dans la nouvelle présentation de nos collections permanentes, dans la section dédiée au post-impressionnisme.

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AXA est ainsi partenaire depuis plus de 10 ans du Musée du Louvre, mais aussi mécène du Moma à New York ou encore du Prado en Espagne pour ne citer que quelques exemples.

C’est dans ce cadre qu’AXA s’associe en 2019 pour la première fois au Musée d’Orsay, et devient ainsi son premier partenaire privé pour l’acquisition du Pardon d’Emile Bernard dit aussi Les Bretonnes dans la prairie, une œuvre d’intérêt patrimonial majeur.

Outre le mécénat culturel, l’engagement sociétal d’AXA s’illustre dans deux autres domaines :

  • Le Mécénat de compétence, avec le programme de volontariat international AXA Atout Cœur qui permet aux employés du Groupe de s’engager auprès d’associations partenaires ;
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