« Nous allons vivre plus longtemps, donnons-nous les moyens de vieillir en bonne santé »

A l’occasion de la sortie du nouveau Research Guide du Fonds AXA pour la Recherche « Vivre longtemps en bonne santé nous discutons des conditions d’un vieillissement en meilleure santé avec Marine Habart, Responsable des Risques Vie, Épargne et Santé du Groupe AXA. Rencontre. TOUTES LES ACTUALITÉS  |  Risques et Recherche
28 juin 2019

Sur la période allant de 2000 à 2016, l’espérance de vie à la naissance en France a augmenté de 4,1 ans chez les hommes et 2,5 ans chez les femmes selon Human Mortality Database. Cependant, une question plane, centrale à l’échelle individuelle et collective : en quel état de santé et de dépendance vont se dérouler ces « années gagnées » ? En effet, lorsqu’il s’agit d’espérance de vie en bonne santé, les choses se gâtent : selon Eurostat, une femme née en France en 2016 a une espérance de vie en bonne santé de 64,1 ans, un homme, de 62,6 ans.

Envisager ces enjeux et éclairer les risques correspondants, c’est le métier de Marine Habart, Responsable des Risques Vie, Épargne, Santé du Groupe AXA. Dans le domaine du vieillissement, elle est en charge de « calculer l’avenir », c’est à dire établir des scénarios probables déterminant l’espérance de vie des assurés AXA, ainsi que leur espérance de vie en bonne santé. Mais aussi d’envisager comment accompagner au mieux chacun sur la voie d’une fin de vie meilleure. Elle travaille pour cela aux côtés d’experts et de scientifiques de renom ; notamment ceux financés par le Fonds AXA pour la Recherche.

Nous rencontrons Marine Habart à l’occasion de la sortie du AXA Research Guide « Vivre longtemps en bonne santé », dans lequel experts et scientifiques partagent leurs perspectives et connaissances sur ce sujet. 

Pourquoi vous semble-t-il nécessaire de publier aujourd’hui un guide pour faire avancer la connaissance sur les enjeux du vieillissement en bonne santé ?

Marine Habart : C’est avant tout un constat : depuis un siècle, nous gagnons trois mois d'espérance de vie à la naissance chaque année. Et cette statistique s’est confirmée sur le long terme. A l’avenir, on vivra probablement plus longtemps encore. Dès lors, la question qu’il est essentiel de se poser est la suivante : les années gagnées seront-elles vécues en bonne ou en mauvaise santé ? Selon l’état de santé d’un patient, les coûts associés à la fin de vie peuvent fortement varier pour les familles, les assureurs, le système de santé et la société au sens large. D’un point de vue global, l’Europe se prépare à ce que certains appellent un « silver tsunami ». Cette expression fait référence à la vague d’octogénaires qu’il faudra prendre en charge dans un contexte de fertilité en berne. Il est donc essentiel de tout mettre en œuvre pour offrir les conditions d’un vieillissement dans de meilleures conditions, alors même que de profondes mutations sont à l’œuvre dans la démographie et dans les structures de soin. On parle par exemple de la « génération sandwich » : la génération, déjà âgée, qui doit prendre soin de ses enfants (adultes) mais également de ses parents, devenus dépendants…

L’objectif de ce guide est de mettre en avant une problématique pressante et de donner dès à présent des pistes pour y faire face. Il faut bien avoir à l’esprit que si le vieillissement de la population peut être problématique à l'échelle sociétale, il s’agit avant tout de gains d’années de vie supplémentaires précieuses pour nous tous en tant qu’individus.

Comment favoriser le bien vieillir ?

Marine Habart : La bonne santé est simple à définir : c’est le fait de vivre en l’absence de maladies et de manière indépendante. Elle est en revanche plus difficile à obtenir, et à maintenir. D’un point de vue individuel, on assiste à deux phénomènes nouveaux.

Premier phénomène : la chronicisation de maladies jusqu’alors fatales. Grâce à une meilleure prévention et de nouveaux traitements, il est désormais possible de vivre de longues années après avoir vécu l’épreuve d’un cancer ou d’un AVC.

Deuxième phénomène lié au précédent, la multimorbidité : puisque l’on survit à un cancer, il est possible de contracter une autre maladie et de vivre avec plusieurs pathologies consécutives. Tout cela recouvre un impact en termes de coût et de qualité de vie. A l’échelle sociétale et du système de santé, l’augmentation des coûts et l’évolution des traitements impliquent de nouvelles approches et perspectives.

C’est là notre premier rôle en tant qu’assureur : faire en sorte d’accompagner nos assurés dans ces dépenses et favoriser les conditions d’un meilleur vieillissement. Car parfois, il suffit de peu pour changer en profondeur une trajectoire de vieillissement. La littérature scientifique évoque la « zone de fragilité » : un âge de la vie au cours duquel une simple petite amélioration (un accompagnement, de meilleurs soins ou autre) peut avoir de grands impacts sur la durée de vie. J’en suis convaincue, en tant qu'académique (je suis par ailleurs docteure et chercheure associée au laboratoire IMT Atlantique) mais aussi en tant que collaboratrice AXA : nous avons un rôle à jouer dans ce moment essentiel de la vie ; il faut penser dès aujourd’hui à la meilleure manière d’accompagner les seniors. Et cela prend déjà plusieurs formes, comme le rappelle Didier Weckner, Directeur Général AXA France Santé & Collectives dans le guide (téléconsultations, médecine douce etc.).

Les intervenants de ce guide vous ont-ils inspirée ? Qu’en avez- vous retenu en particulier ?

Marine Habart : Dans mon métier, je travaille régulièrement avec des chercheurs. Ce sont eux et leurs expertises qui nous guident dans la définition de nos modèles, et particulièrement les jugements d’experts utilisés. Avec mon équipe, nous avons eu l’occasion de collaborer avec certains chercheurs présents dans le guide. Je pense notamment à Carol Jagger dont les travaux traitent de l'espérance de vie en bonne santé – domaine dans lequel elle est une experte de renommée internationale.

Il m’est difficile de ne citer que quelques projets : ils sont tous passionnants. J’ai néanmoins été particulièrement intéressée par les premières conclusions des travaux de Peter Joshi. Il s’intéresse à la détermination génétique de la longévité. Et contrairement à ce que certains peuvent croire, la longévité n’est a priori pas inscrite dans nos gènes ; ce sont donc bien nos comportements et nos habitudes qui déterminent en grande partie la durée de notre vie. Je pense également aux « stents » d’Abdul Barakat qui, en prenant en compte les lois de la mécanique des fluides, va révolutionner la réussite de ces implants.

Au-delà de ces travaux et de tous les autres, je retiens une impression générale de confiance en l'avenir et en la recherche pour améliorer notre futur. Mais aussi la chose suivante : il y a beaucoup de disciplines différentes qui travaillent sur la thématique : démographes, économistes, épidémiologues, généticiens… Isolées, ces connaissances sont insuffisantes. C’est une fois mises côte à côte que ces compétences deviennent complémentaires et que l’on avance. 

Téléchargez le AXA Research Guide : Vivre longtemps en bonne santé

Mots-clés: Risques et Recherche