Thomas Buberl Directeur Général d'AXA

AXA dit non au tabac

Le Groupe AXA a pris la décision de céder ses actifs liés à l’industrie du tabac. Thomas Buberl, Directeur Général Adjoint et futur Directeur Général d'AXA, revient sur l’importance de cet engagement pour le Groupe.
25 mai 2016

"Le tabac tue six millions de personnes chaque année, et coûte plus cher à la société que la guerre et le terrorisme réunis. Pour autant, il est dans le même temps considéré comme un investissement attractif, offrant des rendements élevés.

Et c'est ainsi – comble du paradoxe – qu'alors que les médecins, les organismes sanitaires et les gouvernements du monde entier appellent à renforcer les contrôles sur cette industrie et à mettre en œuvre de nouvelles réglementations plus contraignantes quant à la publicité sur les lieux de vente, les responsables qui gèrent fonds de pension et d’investissement continuent, pour votre compte comme pour le mien et celui de millions de personnes à travers le monde, à investir dans l'industrie du tabac.

Cela n’est pas cohérent et ne peut plus durer. Nous devons avoir l’audace d’agir pour réduire ce financement et encourager les mesures anti-tabac, qui – in fine – sauvent des vies.

Nous sommes l'un des premiers assureurs santé au monde et un acteur majeur de la gestion d’actifs. En tant que tel, le Groupe AXA estime qu'il se doit de montrer l'exemple.

En mai 2015, AXA a été le premier grand assureur et investisseur institutionnel à se désengager du secteur du charbon. D'autres nous ont suivis, accélérant ainsi la transition vers des sources d'énergie moins émettrices de carbone.

Aujourd'hui, nous devenons le premier assureur global à nous désengager de l’industrie du tabac.

Nous allons immédiatement céder les actions des entreprises de l’industrie du tabac que nous détenons, dont la valeur actuelle s’élève à environ 0,2 milliards d’euros. Nous allons également cesser d’investir dans des obligations d’entreprises de l’industrie du tabac, et réduire progressivement notre portefeuille d’obligations émises par ces mêmes sociétés, dont la valeur s’élève actuellement à environ 1,6 milliard d’euros. Au total, notre désengagement représente un effort de 1,8 milliard EUR.

J'ai travaillé dans le secteur de l'assurance durant l'essentiel de ma carrière, et à ce titre, j'ai pu apprécier le rôle déterminant que peuvent jouer les assureurs, en aidant les gens à faire les choix de vie qui leur correspondent le mieux et à faire face aux imprévus qui peuvent faire échouer les projets les mieux préparés.

En tant qu'assureur, nous consacrons beaucoup de temps à réfléchir aux risques que nous pouvons prévenir ou limiter. A l'échelle mondiale, grâce aux investissements en matière de vaccination, nous sommes bien moins nombreux à mourir de maladies infectieuses. Les innovations médicales aboutissent à des traitements efficaces et moins chers, ce qui signifie que nous vivons plus longtemps et bénéficions d'une meilleure santé au cours de notre vieillesse. Or dans le même temps, nous assistons à une augmentation brutale des maladies chroniques non transmissibles telles que le cancer et les affections cardio-vasculaires et respiratoires chroniques.

La plus grande menace qui pèse aujourd’hui sur notre santé a pour origine des maladies causées par nos propres habitudes et comportements, c’est-à-dire des maladies que nous pourrions éviter.

Dans de nombreux cas, le premier facteur de risque d’apparition de ces maladies est le tabac. Or, celui-ci devient une préoccupation majeure dans les pays en développement : tandis que la consommation de tabac décline en Europe et en Amérique du Nord, les fabricants de cigarettes se tournent vers l’Asie et l’Afrique.

Au Nigeria par exemple, le nombre de fumeurs aura pour ainsi dire quadruplé d'ici 2025 par rapport à ce qu'il était au début de ce siècle. En Indonésie, au cours de la même période, selon l'Organisation Mondiale de la Santé, nous verrons apparaître plus de 50 millions de nouveaux fumeurs. Ceci n'est pas acceptable et peut être évité.

En tant qu'investisseur, notre désengagement du tabac peut nous coûter de l'argent à court terme. Mais nous sommes convaincus que, sur le long terme, il s’agit de la meilleure décision possible. Le choix que nous faisons aujourd’hui est résolument soutenu par l'Union Internationale Contre le Cancer (UICC), une organisation de soutien au monde médical dans son combat contre le cancer, et par la très active Dr Bronwyn King, oncologue australienne à l’origine de l’initiative « Tobacco Free Portfolios », qui cherche à convaincre les investisseurs du monde entier de se désengager de l’industrie du tabac.

Nous espérons que d'autres nous rejoindront, démontrant ainsi à tous que les assureurs constituent un maillon de la solution dès lors qu'il s'agit de santé publique, de prévention et donc dès lors qu'il s'agit de protéger nos clients.

Nous pensons aussi que cette décision constitue un devoir moral. Nous ne pouvons continuer à financer des produits qui constituent, aujourd'hui, l'une des plus grandes menaces pour la santé publique."

Thomas Buberl, Directeur Général Adjoint et futur Directeur Général d'AXA

En savoir plus

Mots-clés: Engagement