Thomas Hügli Directeur de la Responsabilité d'Entreprise, AXA Suisse

Objectif 100 % électricité renouvelable : suivez le guide

Enjeux environnementaux
4 oct. 2018

C’est l’engagement ambitieux qu’a pris le Groupe AXA en rejoignant en 2017 RE100, un mouvement international d'entreprises engagées dans une énergie 100% renouvelable. Et il s’est fixé jusqu’à 2025 pour y parvenir. Pour AXA Suisse, entité pionnière dans la lutte contre le dérèglement climatique, l'objectif est déjà atteint. En l’espace de dix ans l’entreprise est parvenue à passer au 100 % renouvelable et à réduire d’un tiers sa consommation d’énergie et ses émissions de CO2.

Ce matin-là, dans les rues bordant l’imposant immeuble d’AXA à Winterthur (Suisse), règne une authentique quiétude. Les employés arrivent progressivement au travail. Les voitures à essence se font discrètes. Sur le millier d’employés qu’abrite le siège, deux tiers se déplacent aujourd’hui en train ou à vélo. Une démarche devenue naturelle pour cette société qui a entrepris voilà dix ans de lutter à sa façon contre le dérèglement climatique.

En effet, depuis 2008, la branche suisse du groupe AXA a mis en marche une stratégie environnementale globale. Dix ans après, les émissions de CO2 et la consommation d’énergie ont été réduites d’un tiers. Retour sur une réussite en six étapes.

#1 – Bannir les énergies fossiles 

Benjamin Huber et Christian Joos sont deux des artisans qui ont contribué à cette métamorphose. Le premier est responsable du management environnemental d’AXA Suisse. Le second, en tant que Head Facility manager, contribue à intégrer cette logique environnementale dans toutes les actions internes à l’entreprise. C’est lui qui a notamment négocié le changement de paradigme énergétique.

Le “Superblock”, l’un des principaux bâtiments d’AXA à Winterthur, est certifié basse consommation depuis sa construction en 2014. Comme les antennes d’AXA Suisse basées à Lausanne et Zurich, il dispose également de panneaux solaires.

En 2008, les locaux d’AXA en Suisse fonctionnaient grâce à une énergie fournie à 59 % par la force hydraulique et à 41 % par le nucléaire. Dès 2009, l’électricité utilisée devenait 100 % renouvelable, la part de l’hydraulique grimpant à 97 %. « Obtenir de l’énergie verte, c’est l’étape la plus simple. Beaucoup de fournisseurs en proposent aujourd’hui. Cela peut se faire du jour au lendemain. Nous avons demandé à notre fournisseur historique de passer au renouvelable », indique Christian Joos. Du jour au lendemain… mais à condition que les énergies renouvelables soient, comme c'est le cas en Suisse, suffisamment développées dans le pays concerné.

« Ce qui est essentiel, c’est d’avoir la garantie que cette énergie est véritablement propre, qu’elle n’occasionne pas de pollution de l’air. Sinon ça n’a évidemment aucun sens », poursuit Christian.

#2 – Obtenir des certificats

S’assurer de la véritable « responsabilité énergétique » nécessite d’obtenir de ses fournisseurs un certificat d’électricité verte permettant de tracer les sites de production de l’énergie. Là, un organisme indépendant agréé atteste de la qualité environnementale et de l’origine de l’électricité fournie par l’exploitant.

Les anciens luminaires, très énergivores, utilisés lorsque le bâtiment abritait encore des activités industrielles, trônent désormais débranchés, dans le hall d’entrée. Un clin d’œil à l’Histoire.

Passer à l’électricité verte engendre un surcoût. La facture gonfle ainsi de 5 % pour une année. Un surcoût qui n’en est pas un à Winterthur car, dans le même temps, la consommation d’énergie a été drastiquement réduite. Dans tous les cas, précise Benjamin Huber, « si on veut réussir à convaincre nos employés et nos clients de s’engager aussi dans cette transition, il est fondamental de montrer l’exemple ».

Mais AXA Suisse s’apprête aujourd’hui à aller plus loin avec le label « Naturemade ». Ce certificat suisse garantit non seulement la nature 100 % écologique de l’énergie fournie mais en outre qu’elle respecte l’environnement, au sens large. Un exemple ? Les centrales hydroélectriques certifiées doivent être dotées d’un ascenseur à poissons pour en permettre la migration.

Si l’hydraulique est aujourd’hui écrasant dans le mix énergétique de la société, 2 % provient également de l’éolien. Pour dénicher ce filon vert, AXA Suisse sondé son portefeuille clients et constaté qu’il comprenait la plus grande centrale éolienne du pays, celle de Mont-Crosin. Une ferme éolienne capable de fournir 400 000 kWh par an, ce qui correspond à la consommation électrique annuelle de 150 foyers en Europe.  

#3 – Produire sa propre énergie

Dans le hall d’entrée de l’immeuble de Winterthur, quelques visiteurs jettent un œil intrigué vers un écran. Sur ce dernier, des chiffres fluctuent mollement. Ils indiquent en temps réel l’énergie produite par les bureaux d’AXA… quelques étages plus haut.

Depuis la rue, on suit en temps réel l'énergie produite par les 520 panneaux solaires installés sur les toits de différents bâtiments d’AXA Suisse depuis 2012.

Direction les toits où, une fois l’échelle grimpée, on découvre des centaines de panneaux photovoltaïques captant l’énergie solaire. 520 modules ont été installés à partir de 2012 sur différents bâtiments. Ils fournissent environ 7 % des ressources énergétiques nécessaires au fonctionnement du site. Coût total de l’opération : 866 000 euros.

Christian Joos (à gauche) et Benjamin Huber (au centre) inspectent avec le technicien Raphael Mühlethaler (droite) le bon fonctionnement des panneaux photovoltaïques. Une fois par an, ils sont tous nettoyés ce qui permet d'augmenter leur productivité de 10 %. Les mauvaises herbes poussant dans les allées sont elles aussi régulièrement arrachées.

Un investissement important pour lequel l’équipe de Winterthur a pris toutes les précautions. « Nous avons sollicité l’université de la ville. Une équipe d’enseignants et d’étudiants, spécialisée sur ce type de technologie, nous a accompagnés. Ils ont une connaissance fine du marché, de la qualité des produits. Ils ont vraiment été de bons conseils. Pour tous ceux qui souhaiteraient installer des panneaux solaires, faire appel à l’université locale, est vraiment très utile », analyse Benjamin Huber.

Les étudiants leur ont par exemple appris que nettoyer les panneaux une fois par an, en retirant les poussières qui s’y accumulent, permettait d’accroître la production de 10 %.

#4 – Améliorer l’efficacité énergétique et réduire l’empreinte carbone

Passer au renouvelable a un coût. Mais, si aujourd’hui le prix de l’énergie fossile est jugé bon marché, le Facility Manager Christian Joos est persuadé que son coût risque de flamber à moyen terme. Dans ce contexte, travailler à réduire la consommation énergétique est devenu essentiel pour toutes les entreprises, quel que soit leur mix énergétique. Chez AXA en Suisse, elle a été réduite de 30 %. Et l’objectif est de la réduire encore de 4 % chaque année.

Les bouteilles plastiques ont fait place à une fontaine à eau gratuite. Pour réduire empreinte carbone et la consommation énergétique, chaque détail compte.

Une tâche plus aisée à Winterthur qu’ailleurs : le bâtiment principal, installé dans une ancienne usine, a été construit en 2014 pour obtenir la certification basse consommation. Une base de travail que Christian et son équipe tentent chaque année de parfaire, par exemple en installant des minuteurs qui éteignent automatiquement les lumières dans les bureaux vides, ou en supprimant les bouteilles d’eau en plastique. La consommation de papier, en digitalisant encore davantage les postes de travail, est quant à elle passée de 33,8 kg par an et par personne à 12,9 kg.

Dernier chantier en date : le refroidissement des quatre datacenters, par nature particulièrement énergivores, utilisés par le site. Désormais la climatisation utilisée tourne grâce à de l’énergie fournie par une usine de traitements de déchets voisine.

Pour l’année prochaine, Christian et son équipe réfléchissent même à une solution pour remplacer les ampoules de l’édifice par des LED. Ne sont-elles pourtant pas plus économes que les ampoules à l’ancienne ? « Oui, mais de récentes études montrent que les matériaux nécessaires à leur fabrication ne se recyclent pas. Ce n’est pas satisfaisant. Dans nos métiers, c’est essentiel d’être en veille, de suivre les dernières innovations et publications. »

#5 – Encourager les employés à s’investir dans la transformation 

Sur les 4 400 tonnes de C02 émis chaque année par AXA Suisse, les bâtiments ne sont responsables que pour 900 tonnes. Le reste est dû aux « mobilités » au sens large : les déplacements professionnels (1 100 tonnes) et surtout les navettes domicile travail (2 400 tonnes).

La majorité des collaborateurs utilisent aujourd'hui des moyens de transport dits « propres » pour se rendre au travail. Au sous-sol du bâtiment, les vélos électriques se rechargent tranquillement pendant la journée.

Logiquement, un effort important a donc été mené sur ce point. Depuis 2014, AXA Suisse compense toutes les émissions de C02 liées aux voyages d’affaires en collaborant avec Myclimate et d'autres organisations de lutte contre le dérèglement climatique.

Pour le reste, « pas question d’interdire aux employés de venir en voiture traditionnelle », rassure Benjamin Huber. « Il s’agit plutôt de leur proposer des solutions alternatives, de les responsabiliser et les mobiliser de manière positive. Au tout début, il a fallu mener un effort pédagogique vis à vis des employés. Aujourd’hui c’est bien entré dans les mœurs. »

Des « solutions alternatives » qui se cachent en sous-sol. Sur un parking à vélo de 300 places, de nombreux e-bikes se rechargent tandis que leurs propriétaires travaillent quelques étages plus haut. Plusieurs douches permettent de se rafraichir avant de démarrer sa journée.

A quelques mètres de là, sur le parking des voitures, une dizaine d’emplacements sont réservés aux véhicules électriques. Les prises, mises à disposition gratuitement, sont directement alimentées par les panneaux solaires placés sur le toit. La boucle est bouclée. « Environ 3 % des employés les utilisent actuellement. Le chiffre est en progression. »

Avec l'instauration du Flex'Work, chaque employé travaille désormais où bon lui semble. Une flexibilité qui a permis de réduire le nombre de postes de travail nécessaires et ainsi diminuer encore les dépenses d'énergie.

Pour réduire encore les pollutions liées au transport, AXA Suisse a adopté le « Flex’ work ». Également appelé Flex’Office, ce nouveau mode d’organisation consiste à ne plus attribuer un espace de travail fixe à chaque collaborateur. Ainsi, le matin, chacun choisit là où il passera sa journée de travail. Et chacun dispose d’un chariot où il peut stocker sous clef ordinateur et documents utiles. Le Flex’work intègre également une part importante de télétravail, ce qui permet ainsi de réduire le nombre de bureaux utiles. 10% des collaborateurs du site de Winterthur ont ainsi recours au télétravail.

#6 – Etendre l’initiative aux clients

La lutte contre le dérèglement climatique nécessite que chacun s’y engage. C’est pourquoi, après avoir mobilisé ses employés, AXA s’est logiquement tourné vers ses clients. AXA Suisse assure les véhicules de près d’un million d’automobilistes, « ce qui représente environ 5 % des émissions de C02 de toute la Suisse, souligne Benjamin Huber. C’est un enjeu considérable. Nous essayons de faire profiter nos clients de toutes nos réflexions et travaux menés en interne. »

Devant l'un des bâtiments d’AXA Suisse, une station de charge rapide est miss à la disposition des clients détenteurs d'une voiture électrique. En une heure, le véhicule est rechargé entre 30 et 80 % de sa puissance quand plusieurs heures sont nécessaires avec une prise murale standard.

Pour les chauffeurs de e-cars, grâce à un partenariat avec l’entreprise Swisscharge, un réseau de 20 000 bornes ont été identifiées et rendues accessibles via une application. Une station de charge rapide installée dans les locaux d’AXA est également mise à disposition des clients.

Contrôle de la pression des pneus, de l'air conditionné... Depuis 2018, chaque client d'AXA Suisse peut profiter gratuitement d'un diagnostic énergétique pour son véhicule essence dans l'un des 200 garages agréés du pays. Un contrôle qui permettrait de faire économiser à chaque client près de 300 euros par an, et de réduire leurs émissions de CO2 de 0,6 tonnes.

Pour les autres, l’écrasante majorité, propriétaires de véhicules essence, en cas de dommage à la carrosserie, AXA offre un diagnostic énergétique gratuit de trente minutes dans l’un des 200 garages agréés du pays. Les techniciens passent en revue dix points de contrôle, de l’état de l’air conditionné à la pression des pneus qui influe considérablement sur la consommation de carburant. L’opération permet de réduire les émissions de CO2 et de faire économiser jusqu’à 300 euros par an à chaque client. Ce type de services utiles aux clients, Benjamin Huber aimerait pouvoir en proposer davantage. Avec un diagnostic énergétique des maisons ? « C’est une idée en effet. Il faut que nous continuions à procéder étape par étape. Ça a plutôt bien fonctionné jusqu’à maintenant. »

Un engagement qui dépasse les frontières 

Bien qu'à la pointe dans la lutte contre le dérèglement climatique, AXA Suisse n’est pas la seule entité du groupe à avancer sur cette question. En Espagne par exemple, AXA a aussi basculé vers le renouvelable. Tout en conservant son fournisseur local, l'essentiel des énergies fossiles ont été bannies pour atteindre 95,35 % d'électricité renouvelable.

Même engagement du côté de l'Italie où le siège romain fonctionne à 100 % grâce au renouvelable. Si en Suisse l'hydroélectrique a la part belle, l'Italie s'adapte à son environnement et a décidé d'acquérir plusieurs pompes à chaleur pour permettre la climatisation de ses bureaux de Rome et de Milan. Enfin, pour réduire l’empreinte carbone liée aux transports, il a été choisi d’utiliser des véhicules hybrides pour renouveler la flotte.