Alain de Schryver AXA Tech

Mission : Saint-Martin

Nés pour protéger
11 oct. 2017

Alain de Schryver, ingénieur réseau chez AXA à Bruxelles, est également bénévole au sein de Rescue Telecom, une association humanitaire spécialisée dans les télécoms. Il revient sur sa dernière mission, menée sur l’île de Saint-Martin, en septembre dernier.

Après trois quarts d’heures de trajet, quand notre avion s’approche de Saint-Martin, nous réalisons l’ampleur de la catastrophe qui vient de s’y dérouler. Depuis le ciel, le chaos est déjà très visible. La plupart des maisons ont perdu leur toit, emporté par le vent. Partout, des débris au sol. Sur le tarmac de l’aéroport, un spectacle hallucinant nous attend : des appareils couchés sur le côté comme des jouets renversés par un enfant. On devine la force des bourrasques qui les ont mis dans cet état. Les rafales y ont atteint 360 km/heure.

Dans les rues de Marigot, à Saint-Martin...
...un spectacle de désolation. © Urgence-Telecom

Bruxelles, 7 septembre 2017

Une semaine plus tôt, je découvrais aux infos le sinistre spectacle laissé par le cyclone Irma sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy, après son passage déjà dévastateur sur Antigua-et-Barbuda, quand je reçus un message de Daniel Box : « J’ai besoin de toi dès que possible ».

Daniel est le responsable international de Rescue Telecom. L’association a des structures en France, en Belgique, aux Etats-Unis et au Japon. Notre domaine d’expertise : le rétablissement des télécommunications après les catastrophes naturelles, ou en cas de crise majeure. Nous installons des moyens de télécommunication d’urgence par satellite, et apportons des fournitures électriques, comme des groupes électrogènes, panneaux solaires, etc. Bien souvent, les phénomènes de type tremblement de terre, ouragan ou tsunami ont des effets dévastateurs sur les lignes téléphoniques et les réseaux mobiles. C’est précisément à ce moment-là qu'on en a le plus besoin, ne serait-ce que pour coordonner les travaux des secours et permettre aux populations de rassurer leurs proches.

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Mais l’association n’opère pas que dans des circonstances de catastrophes naturelles. L’an dernier par exemple, je me suis rendu en Grèce près de la frontière avec la Macédoine, où affluaient de nombreux migrants en provenance du Proche-Orient. Le matériel que j’ai apporté leur a permis de s'identifier par e-mail auprès des autorités locales et de se tenir informés. Bref, d’exercer leurs droits fondamentaux.

Lorsqu'en 2014, Daniel a créé l'antenne belge de Rescue Telecom avec John Cramer, il a tout de suite pensé à moi. Comme lui, j'étais bénévole depuis plusieurs années au sein d'AXA Atout Cœur, le programme international de bénévolat d’AXA qui fédère des dizaines de milliers d'employés autour d'actions solidaires.

Le bénévolat m'a toujours attiré. Aux louveteaux déjà, j'essayais d'accomplir tous les jours ma BA (Bonne Action). Cet engagement pour les autres, je le retrouve aujourd'hui lors de mes missions humanitaires. Je peux compter sur le soutien d’AXA et de mon manager, avec qui je peux m’arranger pour me faire rembourser mes congés à mon retour de mission.

Daniel me sachant aisément mobilisable, il m’a réservé un billet dans le prochain Paris – Pointe-à-Pitre. La Guadeloupe est alors une escale obligée pour accéder à Saint-Martin. Située à moins de 300 kilomètres de l'île sinistrée, elle a été épargnée par le cyclone et dispose d'un aéroport international. Le temps presse, je prépare mon équipement : tente, rations de survie… et surtout mon matériel de technicien réseau.

Aéroport d'Orly, 9 septembre 2017

Je vais faire équipe avec Chong et Pierre, deux autres volontaires de l’équipe française de Rescue Telecom. Notre mission : soutenir la Croix Rouge française avec des équipements de télécommunication permettant de faciliter leur travail sur place. Nous nous retrouvons le 9 septembre à l’aéroport d’Orly. Dans nos bagages, 200 kilos de matériel. Des « BGAN », c’est-à-dire des antennes satellites portables grâce auxquelles on peut établir une connexion internet à tout endroit de la planète, même en zone blanche, c’est-à-dire les zones qui ne sont desservies par aucun réseau. Mais aussi des téléphones satellites, des panneaux solaires, des batteries et un groupe électrogène.

Dans les bagages d'Alain, Pierre et Chong, 200 kilos de matériel de télécommunication.
© Urgence-Telecom

Arrivés à Pointe-à-Pitre, mauvaise surprise. Nous apprenons que tous les avions pour Saint-Martin ont été réquisitionnés par les militaires et les équipes médicales prioritaires. Avec mes correspondants d’AXA Guadeloupe, nous envisageons un plan B : affréter un bateau. Mais au bout de 48 heures, la préfecture nous donne son feu vert pour embarquer dans un vol humanitaire. Nous décollons le 13.

Marigot, 13 septembre 2017

Cette mission n’est pas mon coup d’essai, mais je pressens qu’il va falloir se montrer particulièrement débrouillard. Des équipes de la Croix Rouge nous amènent à Marigot, la capitale de l’île. L’ONG y a installé un camp de base, dans un collège. Sur place, le confort est sommaire. L’eau courante a été coupée et il ne reste que des boîtes de conserve pour les repas. Après huit heures du soir, il est interdit de sortir. L’armée maintient un couvre-feu. Toutes les nuits, des hélicoptères équipés de puissants phares patrouillent au-dessus de la ville pour dissuader les pilleurs.

Le camp de base de la Croix Rouge, à Marigot
Les vivres disponibles sur place : boites de conserves et café soluble ! © Urgence-Telecom

Le lendemain, nous faisons le point sur la situation. Heureusement, les infrastructures télécom de l’île ne sont pas complètement détruites. Seulement, tout le réseau du collège est hors-tension. Un responsable de l’établissement nous montre les équipements informatiques en place. Par chance, les équipements en fibre optique fonctionnent encore. Nous parvenons à relancer le système et installons un relais wi-fi – un « access point » – à usage de toutes les ONG déployées sur place en aide aux victimes.

© Urgence-Telecom

Une opération qui peut paraître anecdotique face à l’ampleur de la catastrophe et à la détresse de la population mais qui se révèle en réalité un maillon essentiel pour permettre à chacun de se concentrer à 100% sur sa tâche. Les transmissions avec le quartier général et les autres centres de soin sont ainsi enfin établies via Internet, permettant d’éditer les ordres de mission. La bande passante est même suffisante pour que les personnes contactent leur famille, le temps d’un « WhatsApp ». « C’est un petit réconfort très précieux quand on travaille sous pression toute la journée », me confie alors l’un d’eux.

Aide humanitaire : une approche à 360°

Ces dernières semaines ont été le théâtre d'une série de catastrophes naturelles sévères. Après le passage de l’ouragan aux États-Unis et dans les Caraïbes, et les graves inondations qui ont ravagé l’Inde, le Bangladesh et le Népal, le centre du Mexique a été frappé par un séisme comme il n’en avait pas connu depuis plus de trente ans.

AXA a immédiatement réagi via la mise à disposition directe ou indirecte des moyens logistiques d’AXA Assistance. Les Fondations AXA US et AXA Mexico ont soutenu financièrement leurs partenaires humanitaires mobilisés sur le terrain. Parallèlement, le Groupe a soutenu financièrement la Croix-Rouge, CARE et l’Unicef, fortement investis dans ces régions, ainsi que la Fondation AXA Mexico.

Outre ce soutien financier direct, le Groupe s’est engagé à abonder tous les dons de ses collaborateurs dans le cadre de campagnes de collecte à hauteur d’un euro supplémentaire par euro versé.

Impossible de savoir à l'avance de quoi sera faite une mission humanitaire. Il faut se tenir prêt à donner tous les coups de main qui permettront de faire avancer le travail collectif.

En une semaine de mission, nous ne nous sommes pas limités à aider les équipes de la Croix Rouge. Dans le quartier alentour, le réseau électrique avait été désactivé. Nous avons distribué aux habitants des kits de recharge pour les appareils mobiles. Nous avons aussi prêté nos téléphones satellite.

Alain mettant à disposition les téléphones sattelites de Rescue Telecom
La borne de recharche solaire mise en place par Alain, Pierre et Chong. © Urgence-Telecom

Je ne suis pas près d’oublier cette dame qui a ainsi pu donner signe de vie à ses enfants. Elle était en pleurs.

© Urgence-Telecom

Ou encore, ce rescapé, un Breton établi sur l’île depuis 18 ans qui m’a confié dans le vol retour vers Bruxelles avoir vu toute sa vie balayée en quelques heures.

Difficile de ne pas être ému par des histoires comme celles-là. Même si je tiens à garder une certaine distance par rapport aux événements. Pour ne pas flancher. Rester efficace. Et concentré sur ma vraie valeur ajoutée dans les théâtres de crise : faire fonctionner les machines.

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