Frank Desvignes AXA Lab Asie

L’Internet des Objets « made in China »

L'assurance de demain
5 oct. 2016

Plusieurs mois après notre premier article sur la Chine, nous avons repris contact avec Frank Desvignes, le fondateur de l’AXA Lab en Asie, afin d’en savoir plus sur les progrès de son équipe et sur la manière dont l’Internet des Objets (IoD) en Chine transforme le monde, en ligne et hors ligne.

En 2015, je me suis installé en Asie et j’ai commencé à monter un Lab à Shanghai. L’objectif était d’identifier dans la région les startups prometteuses avec lesquelles s’associer et de passer au crible le marché, à la recherche de tendances émergentes et de nouveaux entrepreneurs de talent.

« Mobile first ».

La Chine est incontestablement un pays « mobile first », avec au total plus de 574 millions d’utilisateurs de smartphones (plus que les États-Unis, la Russie, l’Inde, le Brésil et la France réunis) et 88 % sont connectés à Internet via leur mobile.

Je suis encore impressionné par l’utilisation permanente du mobile par l’ensemble de la population : partout, tout le temps et par tout le monde (ici, les jeunes ne sont pas les seuls concernés, les seniors le sont aussi !).

Objets connectés au marché électronique de HuaQiangBei à Shenzhen, province de Guangdong, Chine. Septembre 2015.
Le marché de HuaQiangBei : le marché où l'on trouve n'importe quelle pièce de smartphone et tous les objets connectés

Toute aussi impressionnante est l’explosion du paiement par mobile. Les 190 millions d’utilisateurs de PayPal dans le monde font désormais pâle figure face aux 900 millions d’utilisateurs de la solution de paiement chinoise AliPay (qui n’enregistre pas moins de 926 transactions par seconde). Et, en termes d’e-commerce, la galaxie de sites Web du groupe chinois AliBaba gère plus de transactions que l’ensemble de l’économie des États-Unis.

Mais le mobile n’est pas le seul phénomène technologique qui déchaîne toutes les passions.

L’Internet des Objets et WeChat.

D’ici 2020, le monde comptera 200 milliards d’objets connectés, dont 95 % seront fabriqués au même endroit : en Chine.

Bien entendu, les startups du pays commencent déjà à travailler avec tous les types d’objets connectés imaginables (l’un de mes préférés étant un miroir permettant d’afficher dans son salon des conversations en ligne et des informations telles que la météo, son agenda, etc.).

La plupart de ces nouveaux objets connectés peuvent désormais être gérés via une nouvelle merveille de la technologie chinoise : la méta-application WeChat.

Écosystème de plateformes complet, WeChat comprend des modules de commande d’objets connectés, comme les systèmes d’éclairage domestiques, caméras de sécurité, systèmes de verrouillage des portes, etc. Mais ce n’est pas tout : ses fonctionnalités de messagerie permettent aussi d’ajouter des amis, de consulter leurs publications, photos, vidéos, mur, etc. Cette application possède également des fonctionnalités similaires à celles de Skype : chat, envoi de SMS et messagerie vocale (la plupart des Chinois utilisent ce système pour envoyer de brefs messages vocaux et y répondre). Il est en outre possible de créer des groupes, comme dans WhatsApp, et d’organiser des vidéoconférences, individuelles ou collectives.

Mais l’application permet également, et c’est là que cela devient particulièrement intéressant, de payer avec le WeChat Wallet, souscrire une assurance, faire un investissement ou contracter un prêt. Le tout sans avoir à télécharger quoi que ce soit d’autre. Il suffit de « s’abonner » au compte d’une marque, d’une organisation ou d’une entreprise pour accéder à ses fonctionnalités, produits et services. Par exemple, ICBC AXA, l’une de nos joint-ventures en Chine, propose actuellement une solution simple de règlement de sinistres pour les produits de santé, disponible directement sur WeChat, aux clients abonnés au compte. Ce processus a permis d’accélérer et de simplifier les déclarations de sinistre, à tel point que l’équipe s’est vue décerner le prix de l’innovation par China Insurance News.

D’abord l’Asie, puis le reste du monde.

L’un des événements « tech » majeurs en Asie, et dans le monde entier, est le CES (Consumer Electronics Show) de Shanghai, dont l’édition la plus récente a eu lieu en mai. Associant l’IdO, le mobile, la fintech, l’e-commerce, et bien d’autres, l’édition de cette année s’est déroulée sur trois jours au Shanghai New International Expo Centre et a réuni 375 exposants venus de 23 pays. Deux fois plus grand que la première édition, en 2015 (à laquelle j’ai eu le privilège de participer), le salon s’étendait sur 32 000 m² et a attiré plus de 30 000 visiteurs.

Frank au CES 2016 à Shanghai...
... explore les nouvelles tendances technologiques

Autre fait notable en termes de technologie et d’IdO, les entreprises chinoises commencent à utiliser le CES Asie comme plateforme pour se positionner sur le marché international. Baidu utilise par exemple ce salon pour approcher pour la première fois les marchés étrangers afin de vendre ses écrans et objets connectés pour voitures. WeChat de son côté vient d’annoncer son lancement imminent à l’international, avec un système de « démo » prévu pour 20 pays à travers le monde (une première version a déjà été activée en Afrique du Sud il y a quelques mois). Et, chose surprenante, Twitter était présent au CES Asie (alors que le réseau social n’est pas autorisé en Chine) pour proposer sa plateforme aux entreprises chinoises comme moyen idéal de se faire connaître à l’étranger.

De l’IdO (Internet des Objets) à l’IdV (Internet des Véhicules).

L’IdV, ou l’interactivité avec les voitures, n’était pas en reste. Nous avons appris comment envoyer des messages à sa voiture (par chatbot) en l’ajoutant simplement comme ami sur WeChat, afin de lui demander combien de kilomètres nous avons parcouru hier, où se trouvait ce délicieux restaurant dans lequel nous nous sommes arrêtés, ou encore la date de sa prochaine révision. Cette technologie constitue les prémices des voitures entièrement autonomes : des véhicules connectés que nous pourrions utiliser comme de simples objets de communication tout en filant vers notre prochaine destination.

Lors du CES Asie de cette année, BMW, Volvo et d’autres constructeurs ont ainsi dévoilé leur intention de lancer leurs voitures autonomes, se plaçant ainsi en concurrence directe avec Tesla et le constructeur de voitures électriques chinois BYD. Et, comme les voitures autonomes serviront un jour de taxis, les applications pour taxis sont de plus en plus puissantes. La décision d’Apple d’investir 1 milliard de dollars dans Didi Chuxing, l’application chinoise de réservation de taxis, qui avait déjà attiré les investissements des géants chinois Tencent et Alibaba, n’est pas une coïncidence.

De nouvelles tendances redéfinissant l'expérience client au quotidien

Le marché de l’IdO en Chine.

Bien entendu, les spécificités culturelles ont une importance majeure lorsqu’il s’agit de faire des affaires en Chine. Les discussions revêtent souvent un caractère pragmatique et personnel, et trouver le juste équilibre entre le personnel et le professionnel est crucial pour assurer une relation durable. Il est primordial de partager une vision commune au début d’une réunion ou d’un atelier et nous avons souvent été surpris par leur portée et leur caractère hautement stratégique.

Les grandes entreprises technologiques chinoises ont en effet une vision très ambitieuse de l’avenir de l’IdO, de la technologie et de la Chine elle-même. Par exemple, Baidu et Alibaba travaillent en collaboration avec le gouvernement chinois dans le cadre d’un plan stratégique commun de cinq ans. Ce plan couvre de nombreux domaines, notamment la santé avec la mise en œuvre de nouveaux outils de prévention et de traitement, mais aussi la construction d’infrastructures et la création d’un écosystème permettant au gouvernement, et à l’ensemble du pays, de relever les défis technologiques liés à l’IdO, entre autres.

Ici, la collaboration entre les secteurs public et privé est bien plus étroite qu’aux États-Unis ou en Europe. Chaque année, la Chine produit le même nombre d’ingénieurs que la France en compte au total. Par ailleurs, dans des pays comme la France, les fonctions des ingénieurs du gouvernement peuvent faire doublon avec celles du secteur privé. Alors qu’ici, on a l’impression que tout le monde travaille ensemble pour le nouveau « Made in China », qui viendra signer des services, produits et solutions ayant pour mot d’ordre la qualité.

De grandes opportunités pour le marché de l'Insurtech

L’assurance des objets.

L’an dernier, le principal défi du secteur des services (comme l’assurance) était selon moi similaire à celui de cette année : fondamentalement, comment réussir à combiner notre business model avec les tendances technologiques telles que l’IdO, l’IdV, etc. ?

Cette année, nous avons remarqué les progrès réalisés pour associer l’IdO et l’assurance avec ces nouveaux business models et partenariats, notamment des mesures comme celles mises en place par ICBC AXA. Et avec la croissance exponentielle de WeChat et l’expansion des entreprises chinoises sur les marchés internationaux, on assiste un peu partout à une fusion progressive des services et des technologies : une tendance qui devrait s’accélérer au cours des prochaines années.

Continuez à suivre cette rubrique, nous vous donnerons prochainement d’autres nouvelles de l’AXA Lab en Asie.

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