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Comprendre les risques émergents : comment ont-ils évolué au cours des 5 dernières années?

Construire un monde résilient
23 janv. 2019

Changement climatique et cyber-risques : des préoccupations constantes d’une année sur l’autre.

Au cours d’une année marquée, d’une part, par de dramatiques feux de forêt, des inondations et la publication du rapport plutôt pessimiste du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), et par l’application du Règlement général de l’Union européenne sur la protection des données d’autre part, ces chiffres soulignent la ferme conviction des personnes interrogées que le changement climatique et la cybersécurité constituent les deux principaux risques émergents pour la société en général. La gestion des ressources naturelles (n° 4), étroitement liée au changement climatique, est elle aussi restée une préoccupation constante tout au long des années de l'étude.

Ces dernières années, la perception des risques émergents tend vers une sorte de convergence à travers le monde lorsqu’il s’agit des deux principaux risques : le changement climatique et la cybersécurité. Un alignement mondial est en train de se mettre en place sur ces sujets. La conscience de ces risques est croissante, pas seulement en Europe et aux Etats-Unis, mais partout dans le monde.

Si ces réponses reflètent la nature mondiale de ces menaces, l’échelle et la magnitude des risques émergents liés au climat et à la sécurité peuvent différer d’une région du globe à l’autre. Chaque région est exposée à des types spécifiques de cyber-risques, en fonction de son niveau d’avancement technologique et de la présence de cibles plus ou moins intéressantes pour les hackers. L’exposition à ce risque n’est pas la même en Europe qu’en Afrique, ou encore en Asie.

Risques financiers et médicaux : deux angles morts?

L'importance décroissante du risque financier depuis la première étude sur les risques émergents en 2014 constitue une autre tendance marquante. En effet, dix ans après la crise financière, les risques liés à l'instabilité financière, aux tendances macroéconomiques et aux politiques monétaires sont assez éloignés du haut du classement.

S’il est intéressant d’observer que les personnes interrogées ne prévoient pas de risques émergents dans les domaines économique et financiers ces prochaines années, les raisons de cette tendance sont moins claires. Cette donnée peut être interprétée comme le signe que d’autres risques sont perçus comme plus menaçants qu’un possible ralentissement économique.

Les risques médicaux ont eux aussi régressé dans le classement, ce qui n’est pas surprenant : depuis 2014, aucun risque lié à la médecine ou la santé n’a jamais figuré dans le top 5. Cela peut s’expliquer par le relatif manque d’attention que les médias portent à ces sujets, hormis dans les cas de graves crises de santé publique, comme les pandémies (n° 10) mettant en jeu des vies humaines.

Cependant, vu la tendance démographique mondiale, et plus particulièrement le vieillissement de la population, les problèmes médicaux sont appelés à se multiplier dans les prochaines années. S’agit-il d’un angle mort dans notre perception du risque, ou d’un simple reflet de la complexité croissante du paysage des risques ?

Interconnexion entre les risques, bouleversements démographiques, perceptions convergentes : trois tendances majeures des risques émergents.

Depuis 2014, avec chaque nouvelle étude sur les risques émergents, des tendances générales apparaissent au sein de notre panel. Ces tendances influencent fortement la façon dont la société perçoit le risque, mais aussi les stratégies mises en place par les institutions pour contrer les éventuelles conséquences de ces risques dans les prochaines années.

Tendance n° 1 : les risques émergents sont visiblement interconnectés.

Il est de plus en plus évident qu’adopter une perspective pluridisciplinaire est essentiel pour comprendre les interconnexions entre les risques. En effet, les risques émergents ne sont pas seulement influencés par les mêmes facteurs, mais ils s’influencent aussi les uns les autres de manière très complexe.

En conséquence, les analystes peuvent avoir besoin d’adapter leur approche pour considérer ces risques comme liés, plutôt que de manière isolée. Le risque géopolitique, par exemple, est fortement dépendant des conditions économiques, sociales et environnementales, tandis que l’instabilité géopolitique génère à son tour une grande incertitude tant dans les sphères publiques que privées.

Tendance n° 2 : l’évolution démographique entraîne l’émergence de nouveaux risques.

Les principaux risques émergents abordés par notre étude mettent en évidence la question primordiale du changement démographique. En effet, l’augmentation de la population modifie le domaine du risque, tout comme les tendances démographiques telles que le vieillissement et les migrations.

Ces changements démographiques affectent les dynamiques économiques, géopolitiques et sociales à l’échelle internationale, régionale et locale. L’augmentation de l’espérance de vie est bien entendu une excellente nouvelle ; mais elle constitue également un défi pour la gestion des ressources, en particulier dans un contexte de demande croissante et de diminution de l'offre, et soulève de nouvelles préoccupations en termes de santé.

Tendance n ° 3 : une convergence dans la perception des risques globaux

Nous avons observé une importante convergence de perception des deux premiers risques émergents -le changement climatique et la cyber-sécurité-, et ce dans le monde entier. La raison sous-jacente de ce consensus général peut être trouvée dans la nature mondiale de ces menaces. En effet, nous sommes tous confrontés à ces menaces, dans la mesure où elles peuvent impacter toutes les zones géographiques.

Bien qu'aucune région ne soit épargnée par les problèmes liés au changement climatique ou à la cybersécurité, ces risques peuvent être caractérisés par de fortes variations géographiques en termes d'échelle et de magnitude. Pour cette raison, les zones côtières et les îles nécessiteront des mesures préparatoires plus extrêmes pour se protéger des risques climatiques que les zones intérieures, tandis que la nature des cyber-menaces peut considérablement varier entre l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Asie.

Et en 2018 ? 

Risque émergent n° 1 : le changement climatique.

Pour la quatrième année consécutive, notre panel a placé le changement climatique en tête des risques émergents. Il existe un consensus fort à ce sujet : pour les personnes interrogées, dans la majorité des zones géographiques et des secteurs professionnels, le changement climatique constitue plus important défi de société. L’année dernière, le pourcentage de personnes interrogées qui ont classé ce risque dans leur top 5 a même considérablement augmenté, passant de 39 % à 63 %, peut-être en raison des liens entre changement climatique et toutes les autres formes de risques.

En outre, le changement climatique est perçu comme un problème urgent, 51% des personnes interrogées affirmant que ce risque est déjà manifeste. La perception des risques est particulièrement importante dans ce domaine, car l’évolution du changement climatique dépend de notre capacité à agir et à influer sur le cours actuel des événements. Comme le souligne le récent rapport du GIEC, l'objectif fixé par l'Accord de Paris sur le climat ne sera probablement pas atteint sans une action radicale et de grande portée, ce qui ne semble pourtant pas être une priorité partout dans le monde.

Risque émergent n° 2 : la cybersécurité 

La cybersécurité préoccupe de plus en plus les gouvernements, les partis politiques, les entreprises et les particuliers, à mesure que l’accès généralisé à Internet et le nombre croissant d’appareils connectés ouvrent de nouvelles portes à la cybercriminalité. Il n’existe cependant aucun consensus clair autour de l’origine principale de ce risque. En réalité, du fait de la nature complexe et en évolution constante du cyber-risque, les 54 % de personnes interrogées ayant cité la cybersécurité comme un risque majeur ont exprimé plusieurs inquiétudes :

  • Les cyber-attaques physiques peuvent toucher des infrastructures critiques (32%) et entraîner de graves perturbations dans les domaines de l'approvisionnement en énergie et en eau, des télécommunications et des transports.
  • Les appareils connectés sont de plus en plus vulnérables (32%), notamment avec le développement de l'Internet des objets et des véhicules connectés.
  • Les nouveaux types de logiciels malveillants peuvent constituer une menace (21%), tels les ransomwares que les pirates peuvent exploiter, menaçant de laisser fuir des données ou de bloquer l'accès aux systèmes informatiques jusqu'à ce qu'une rançon soit payée.

Risque émergent n° 3 : l’instabilité géopolitique.

L’instabilité géopolitique (n° 3) est entrée cette année dans le top 5, pour la première fois depuis le lancement de l’étude, reflétant peut-être ainsi des inquiétudes croissantes à l’égard d’un contexte mondial de protectionnisme et de montée des populismes. Le regain de tensions politiques, la tourmente provoquée par de nouveaux acteurs sur la scène internationale et les tendances globales qui remettent en cause le statu quo ont amené 45 % des personnes interrogées à citer les risques géopolitiques comme des risques émergeant rapidement.

Exacerbée par les attaques contre le « multilatéralisme mondialisé » qui a permis d’instaurer un équilibre géopolitique constant et des institutions internationales solides - comme en témoigne le retrait américain du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, en juin dernier -, l’instabilité du paysage géopolitique constitue un exemple pertinent de risque interconnecté.

La montée en puissance de modèles alternatifs au standard démocratique occidental, ainsi que le déclin de la gouvernance et des accords internationaux, peuvent expliquer pourquoi notre panel, principalement en Europe et en Amérique du Nord, estime que le monde pourrait devenir plus instable encore d’ici 2025, en particulier du fait que l’influence décroissante de ces organismes pourrait entraver les réponses mondiales nécessaires pour faire face aux risques mondiaux.

Risque émergent n° 4 : La gestion des ressources naturelles.

La gestion des ressources naturelles s'est classée au deuxième rang de l'enquête sur les risques émergents de 2015 et s’est maintenue depuis dans le top 5. Et pour cause : les ressources naturelles telles que les terres, l'eau, l'air, les minéraux, les forêts et la pêche fournissent des services écosystémiques essentiels à la vie humaine. Les activités humaines ont mis ces ressources en péril, entraînant des effets négatifs sur notre qualité de vie.

La gestion non durable des ressources naturelles est à la fois une cause et une conséquence du changement climatique. De plus, ces risques constituent des facteurs majeurs d'instabilité sociale, politique et économique, comme cela a été le cas dans des régions soumises à de lourdes contraintes environnementales telles que le Moyen-Orient.

Risque émergent n° 5 : Mécontentement social et conflits locaux.

Le risque émergent constitué par l’agitation politique et sociale a grimpé de 7 places cette année, 25% des personnes interrogées l’ayant classé parmi les principaux risques émergents. Le mécontentement social croissant peut nuire à l'activité économique et à la stabilité politique en général, paralysant notre capacité à faire face aux défis actuels.

Les personnes interrogées soulignent deux causes principales à ces troubles : l’augmentation des inégalités économiques (40%) et l’afflux de migrants ou les conflits territoriaux (34%). Ce contexte de tensions et de troubles sociaux croissants a été récemment mis en évidence par les manifestations organisées par les « Gilets jaunes » en France.

Un format mis à jour pour 2018

Pour en savoir plus sur la question des risques émergents, le département des Risques émergents d’AXA a mis à jour le format de son étude pour l’édition 2018. Notre méthodologie est restée inchangée depuis 2015. Mais pour l’étude de cette année, nous voulions pousser encore plus loin notre analyse.

Cette année, l’étude s’est focalisée exclusivement sur le domaine du risque sur les 5 à 10 prochaines années. Les personnes interrogées devaient sélectionner 5 risques émergents sur 25 et les classer en fonction de leur impact potentiel sur l’ensemble de la société. L’étude de cette année comportait également des questions supplémentaires sur le rythme d’émergence et le degré de sensibilisation associé aux risques sélectionnés.

Recueillant les informations de 1 235 personnes interrogées - 1 060 employés d'AXA et 175 parties prenantes externes - provenant de 50 pays et de différents milieux professionnels, cette enquête sur les risques émergents offre ainsi un aperçu de l'état prévisionnel du monde. Une visibilité qui permet aux assureurs et aux autres organisations de mieux comprendre les risques les plus préoccupants pour leurs parties prenantes, et de s’y préparer de façon proactive.

L'étude 2018 en détails