Alice Pellerin Chef de projet global pour le programme de Reverse Mentoring

J'ai rendu mon patron accro à Twitter

... et autres effets inattendus du reverse mentoring Concevoir l’assurance de demain
9 août 2016

Dans le reverse mentoring (ou mentorat inversé), l'employé devient prof, et le patron son élève. A l'occasion des 2 ans du programme chez AXA, retour sur une expérience aussi surprenante qu’enrichissante, vue des deux côtés… du bureau.

Regard pétillant, lunettes à fine monture et poignée de main assurée : Guillaume Lehallier est un jeune homme vif et enjoué, un authentique curieux des autres et du monde qui l’entoure. C’est d’ailleurs ainsi que vous le décriront ses collègues, amis, et même ses mentees. Ses quoi ?

Mentor et Mentee : duo de choc

Un mentee, c’est un directeur ou manager senior, mis en relation avec un mentor, jeune digital native habitué aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux. Créé il y a deux ans chez AXA, le programme de Reverse mentoring réunit ces deux générations avec un double objectif : familiariser nos dirigeants au digital pour favoriser la transformation digitale du Groupe.

Le reverse mentoring semble désormais un point de passage incontournable pour de nombreuses industries désirant faire évoluer leur métier, leurs services à l’aune de la transformation digitale. Cette méthode a permis à plus d’un cadre de mettre à niveau ses connaissances du monde digital, et fait ses preuves partout, ou presque, où elle est mise en place. Fortement appréciée (97% de satisfaction chez AXA), elle a permis à de nombreux cadres de se mettre à niveau.

La curiosité et l’enthousiasme : deux valeurs cardinales du reverse mentoring

« Dans une autre vie, j’ai lancé une start-up, et j’avais la naïveté de croire que je connaissais bien le digital », témoigne ainsi Jean-Louis Laurent Josi, membre du Comité de direction du Groupe AXA, Directeur général d’AXA Asie et ex-mentee de Guillaume Lehallier. Avant d’ajouter : « Mais c’était dans les années 2000 et dans ce domaine, on devient vite un dinosaure ! Or ce qui était bien avec Guillaume, c’est qu’il m’a permis de me remettre à niveau très rapidement… Tout en ménageant mon ego. Il a été très bon pour ça », se souvient-il. Que les technologies en ligne évoluent à toute vitesse, personne ne le niera. Mais qu’il soit possible d’en apprendre les usages à son N+1 (voire plus !) tout en ménageant son ego peut sembler moins évident.

Quelle a été la clé de Guillaume ? Posez lui la question, il vous répondra par deux mots : « curiosité et enthousiasme ». Deux valeurs cardinales du reverse mentoring, qui ne fonctionnent à plein que si elles sont appréciées des deux parties. Et deux traits de caractère chers à Jean-Louis comme à Guillaume, aujourd’hui à 10 000 kilomètres l’un de l’autre à vol d’oiseau (l’un est basé à Paris, l’autre à Hong Kong). Deux façons d’être surtout, qui semblent naturelles chez ces deux-là. « Vous savez, ce n’est pas parce qu’on est CEO ou membre d’un comité exécutif qu’on est censé tout savoir… Au contraire ! », affirme Jean-Louis Laurent Josi dès la première question posée sur cette expérience inédite dans son parcours.

Jean-Louis Laurent Josi
Ancien Directeur général d’AXA Asia (2015-2017)

On peut avoir cette humilité constante de savoir que jamais on ne saura tout, donc qu’on devra toujours se reposer sur les connaissances des autres, et notamment sur les nouvelles vagues de talents, pour mieux comprendre ce qui se passe. Donc je n’étais pas stressé à l’idée de commencer le reverse mentoring, j’étais même très enthousiaste, parce que je crois que la vie est un éternel apprentissage.

Sauf qu’en la matière, il arrive un peu trop souvent de se heurter à ce fameux fossé qui sépare les idées, ou les envies, de leur mise en pratique. La peur bien légitime de se trouver —ne serait-ce qu’en apparence— en situation d’infériorité n’est pas la meilleure alliée de la curiosité ni de l’enthousiasme ! À ceci près que, dans le cadre des séances individuelles et régulières que requiert la méthode du reverse mentoring, le mentor se retrouve bien évidemment dans la même situation que son mentee : la nouveauté est toujours déstabilisante.

« L’émotion de l’usage »

Guillaume Lehallier a lui aussi pu revoir ses attentes, mais pas tout à fait dans le sens qu’il attendait. « Cela faisait 3 ans que j’évoluais au siège, et donc je connaissais beaucoup de personnes dans des positions de top management », explique-t-il dans la salle de réunion ensoleillée attenante à l’open space où il travaille comme program manager au sein du département écosystème d’AXA. « Je savais donc qu’ils avaient une connaissance intellectuelle du digital, ça se devinait par le biais de leurs prises de parole dans les média. »

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« Mais ce que j'ai découvert, ce qui est la grande leçon du programme pour moi c’est que, s’ils avaient une connaissance intellectuelle des « technos », ce qui leur manquait c’était ce que j’appelle « l’émotion de l’usage », c’est-à-dire la capacité émotionnelle à tout simplement prendre du plaisir avec ces technologies. Or, c’est ce qui fait qu’on passe autant de temps sur ces trucs-là. Se rendre compte du plaisir que procurent les réseaux sociaux, de la façon dont ça facilite la vie, c’était la clé de tout ce que je pouvais leur transmettre, je crois. Et c’est quelque chose que de mon côté, je n’avais jamais vraiment réalisé, puisque j’étais dedans. »

Jean-Louis et Guillaume en pleine session de reverse mentoring

Efficace, utile, … et divertissant !

Un an et demi plus tard, joint par téléphone entre deux rendez-vous à son bureau de Hong Kong, Jean-Louis Laurent Josi est devenu un utilisateur épanoui de Twitter (suivez-le sur @JL_LaurentJosi !). Et ce qu’il retient de plus durable de l’expérience, c’est qu’il a pu grâce à elle se livrer à son activité favorite: faire les choses bien. « Dès le départ, j’étais convaincu qu’il y avait des choses à faire sur le plan professionnel. Mais ce que je redoutais, c’était d’être obligé de me disperser. Donc dès le début, j’ai été assez clair : voilà les choses que je fais, voilà les choses que je ne fais pas. Je voulais être certain de ne pas m’égarer dans différentes solutions, parce qu’à un moment donné il faut pouvoir se focaliser, et pas toucher à tout. Guillaume a compris cela très bien, et on s’est concentré sur deux outils principaux, Twitter et LinkedIn. En revanche, sur le plan personnel, je ne poste rien de privé sur Facebook, ni ailleurs, car je reste adepte de la bonne vieille devise « Pour vivre heureux, vivons caché ! ».

Guillaume et Jean-Louis s’appellent toujours régulièrement. Il en va de même des autres mentors et mentees. C'est le meilleur moyen pour le mentee de se tenir informé régulièrement des évolutions permanentes du secteur. Le mentor de son côté reste au contact d'usagers qui ne baignent pas dans les derniers bouleversements et mises à jour du moment et peut comprendre quelles sont leurs questions, ou appréhensions, face à la dernière application à la mode.

Guillaume Lehallier
Product Design & Ecosystem Manager

Ce mélange d’utilisation et de pédagogie, de transmission et d’enthousiasme, permet de sortir d’un usage trop intellectualisé des réseaux sociaux. Et c’est essentiel, car en réalité ces derniers sont, avant tout, une expression de soi.

Quoiqu’il arrive, le plaisir d’avoir ouvert mutuellement leurs horizons n'a de prix ni pour l’un ni pour l’autre. Quand on demande 3 mots à Jean-Louis Laurent Josi pour résumer son expérience, il n’hésite pas une seconde : « Efficace —très efficace—, très utile et… Comment dire ? C’était l’occasion de nouer une relation amicale avec mon professeur ! ». Et le professeur, qu’en pense-t-il ? « C’est très important pour moi que mes mentees aient découvert le plaisir qu’on a tous, dans les nouvelles générations, à utiliser ces technologies. Toutes les nouvelles possibilités qui s’ouvrent grâce à elles. Ce mélange d’utilisation et de pédagogie, de transmission et d’enthousiasme, permet de sortir d’un usage trop intellectualisé des réseaux sociaux. Et c’est essentiel, car en réalité ces derniers sont, avant tout, une expression de soi », analyse Guillaume Lehallier, qui a décidément un esprit synthétique et tourné vers l’avenir.

Les bienfaits apportés par le reverse mentoring sont avant tout humains. Quand des mondes lointains, comme peuvent l'être simplement deux générations à l'heure des bitcoins et de Pokemon Go, s'ignorent sans savoir même comment se parler, les frustrations qu'entraine leur incompréhension mutuelle, les agacements quotidiens qui en découlent de part et d'autre, nuisent autant au bien-être personnel qu'à l'efficacité au travail. Ne nous mentons pas : qui ne s’est pas trouvé confronté à une telle situation ? Sur Internet, point de formulaire de contact pour instaurer à soi seul un programme de reverse mentoring. Et même Google n’a pas la réponse à la question : « Pour apprendre Internet, je signe où ? »

Célébrons ensemble deux ans de reverse mentoring chez AXA !