Sébastien Loubry AXA Strategic Ventures

AXA Strategic Ventures : Placer AXA au cœur de l’Insurtech

L'assurance de demain
24 janv. 2017

Lancé il y a moins de deux ans, le fonds d’investissement d’AXA a déjà pris une vingtaine de participations dans des start-ups qui réinventent l'assurance et la gestion d’actifs.

A quoi reconnaît-on une start-up ? Pour en avoir visité un grand nombre ces deux dernières années, je peux confirmer qu'on y trouve souvent un baby-foot près de la machine à café… Si AXA Strategic Ventures (ASV) partage leur goût de l'innovation, nous ne sommes pas allés jusqu'à installer une salle de jeu dans nos locaux. Les bureaux que nous occupons place de la Madeleine à Paris se veulent plutôt sobres. ASV est un fonds qui navigue entre deux univers. D’une part, celui d’AXA – notre « limited partner » – et d’autre part, celui des start-ups, où agilité et curiosité sont les maîtres-mots. C'est la condition pour comprendre et séduire les entrepreneurs de demain. L’un de nos modèles ? Google Ventures, le fonds du géant Google, qui a notamment investi dans Uber dès 2013.

Ambiance décontractée mais studieuse
Être agile et curieux en toutes circonstances

Depuis son lancement en 2015, ASV a pris des participations minoritaires, comprises entre 250 000 et 15 millions d’euros, dans une vingtaine de start-ups de l'Insurtech et de la Fintech. Le point commun de ces très jeunes sociétés basées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Israël ou en France ? Toutes proposent des technologies innovantes pour le secteur de l’assurance. Leurs solutions vont de la plateforme de vente d’assurance par smartphone (Policy Genius) à l’utilisation du protocole « blockchain » (Blockstream) en passant par la prédiction de l’évolution des prix de billets d’avion achetés en ligne (Flyr).

Florian Graillot
Senior Associate, AXA Strategic Ventures

AXA Strategic Ventures possède deux atouts pour réussir. D’abord, l’adossement à la marque AXA, reconnue dans le monde entier comme référence de l’assurance. Ensuite la taille et la qualité de notre équipe : moins de 15 personnes issues d’horizons aussi divers que le capital-risque, le conseil en stratégie et l'entrepreneuriat – j'ai moi-même créé ma start-up à la fin de mes études. Cela garantit notre réactivité et notre capacité d'adaptation dans ce monde changeant qu’est l'Insurtech.

En 2017, nous avons prévu de nous focaliser sur quelques tendances technologiques incontournables : la santé, l'intelligence artificielle, les interfaces utilisateur et l’utilisation des données. Nous rencontrons régulièrement des équipes opérationnelles du groupe AXA lors de réunions dédiées. Ils nous donnent leur vision des enjeux de la transformation de leur métier et de leurs problématiques concrètes : gestion et réduction des frais de sinistre, anticipation et modélisation des risques, simplification de l’expérience client… Ils attendent également beaucoup des solutions technologiques existantes en termes de prévention et de diagnostics médicaux, susceptibles de mieux gérer la sinistralité des maladies chroniques chez les clients ou encore de solutions utilisant l'intelligence artificielle pour améliorer certains services rendus.

Ce n’est qu’un début !

Dans un monde aussi mouvant que celui du capital-risque, il n’est pas inutile d’instaurer quelques rituels. Tous les mardis après-midi, l’équipe d’ASV se retrouve pour la revue du portefeuille et des investissements. Nous examinons lors de chaque séance quatre ou cinq opportunités de participation. La réunion se tient par visioconférence avec Londres, New York et San Francisco, où sont basés les autres bureaux du fonds. La première revue de la rentrée septembre a été particulièrement mémorable. Nous venions d’emménager dans nos nouveaux locaux du VIIIe arrondissement. Alex Scherbakovsky, partner d’ASV à San Francisco, nous a alors présenté One,Inc., une entreprise basée à Sacramento déjà performante, qui a créé une solution informatique intéressante sur le modèle « SaaS » (Software as a Service, ou logiciel tarifé à l'usage).

Avec 300 % de croissance annuelle depuis trois ans, la jeune société faisait saliver bon nombre de financiers outre-Atlantique. Seulement elle préférait faire rentrer dans son tour de table un acteur européen comme ASV, en vue de nouer des liens avec l’Europe… et avec AXA.

C'est l'heure du briefing avec Florian Graillot
Depuis 2015, ASV a investi dans une vingtaine d'entreprises de l'Insurtech

Il fallait se décider rapidement. On ne peut pas dire à une start-up : « reparlons-en dans trois mois », car nombre d’entre elles ont des problématiques de court terme… Et il y a ce risque qu’elles trouvent un autre partenaire. A priori, tous les indicateurs étaient bons. Notamment le plus important : la personnalité des dirigeants de One, Inc., avec lesquels nous étions sûrs de bien nous entendre. Pour renforcer notre conviction, nous avons aussi organisé des rencontres avec des spécialistes d’AXA du domaine d’activité concerné, qui ont pris part à la décision. En l’occurrence, il fallait vérifier la solidité de l’outil développé par One, Inc. Quelques semaines plus tard, ils rendaient un avis positif. Et dès décembre, ASV pouvait prendre une part du capital et siéger au conseil d’administration de l'entreprise californienne.

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Ainsi était conclu le premier engagement du fonds « growth » (croissance, soit la phase qui suit l'amorçage) de notre toute jeune histoire. Et ce n’est qu’un début ! Nous disposons encore d’environ 200 millions d’euros à investir au cours des trois prochaines années, autour de deux stratégies : une « early stage », où l’on mise très tôt sur de jeunes sociétés prometteuses, pour faciliter leurs développement ; et une stratégie de « croissance » où le fonds investit dans des entreprises dont le développement est plus avancé (comme One, Inc.).

Neura : l'intelligence artificielle au service de la santé

C'est le diabète de sa femme qui a donné à Gilad Meiri l'idée de sa start-up. Comment prévoir le meilleur moment pour la prise d’insuline, s’est-il demandé. Ce crack de l’informatique, formé dans l’armée israélienne, a alors imaginé un logiciel qui analyse les données des différents appareils connectés d'un utilisateur afin de prédire son comportement et ses risques. En 2013, il lançait son entreprise, Neura, pour vendre aux assureurs cet outil révolutionnaire d'évaluation individuel des dangers. En janvier 2016, AXA Strategic Ventures a investi 11 millions de dollars dans le projet. Grâce à ce financement, Giald Meiri peut désormais voir grand. Il vient d’ouvrir un bureau en Chine, où sont basés les principaux fabricants d’électronique connectée.

Ne pas prendre de retard sur les prochaines révolutions du secteur

Sur le papier, ASV fonctionne comme les autres fonds d’investissement. Notre équipe vient en partie d’AXA mais aussi et surtout du monde de l’investissement dans les nouvelles technologies. Mais nous avons un supplément d’âme : notre mission est de placer AXA au cœur de l’Insurtech. Le numéro deux mondial de l'assurance ne peut se permettre de prendre du retard sur les prochaines révolutions du secteur. Il doit même se trouver aux premières loges. Pour cela, les échanges avec l'écosystème des start-ups doivent aller dans les deux sens. L’une de mes tâches consiste d'ailleurs à aider les sociétés en portefeuille à frayer dans l’économie traditionnelle dont AXA est un acteur de poids.

L’an dernier, j’ai ainsi organisé pour les fondateurs de Blockstream une rencontre avec des acteurs institutionnels français, dont un conseiller économique de l’Elysée et des responsables de la banque de France, afin de les aider à comprendre l’environnement réglementaire français. Le capital-risque est un petit monde. La crédibilité de notre approche viendra surtout de notre capacité à apporter une vraie aide aux start-ups. Notre réputation de facilitateur d’affaires est indispensable pour optimiser notre sourcing.

François Robinet
Managing Partner d'AXA Strategic Ventures

Nous allons très prochainement compléter le dispositif global d'AXA Strategic Ventures en ouvrant un bureau à Hong-Kong. C'est en pensant "global" que nous serons en mesure d'attirer des entrepreneurs innovants et de les accompagner dans leur développement.

Le « sourcing ». Derrière ce terme se cache une de nos obsessions assumées. Si l'on veut réussir dans ce métier, il faut savoir repérer au plus tôt les pépites. Être présent à la source. Comment ? En restant actif partout. Dans les grands rendez-vous comme le salon Money20/20 de Las Vegas, dans les conférences sectorielles telles le Paris Fintech Forum, organisé ces 25 et 26 janvier au Palais Brongniart, et même sur les campus. Le fonds participe ainsi chaque année au « Startup Weekend », le concours de création d’entreprises organisé à l’Ecole polytechnique.

Nous venons aussi de lancer un appel à projets en Israël auprès du tissu ultra-dynamique d’entrepreneurs qu’il y a dans le pays. L’opération est menée en partenariat avec JVP (Jerusalem Venture Partners), un prestigieux fonds local. Trente candidatures ont été reçues, une quinzaine a été jugée éligible. Pour capter l’innovation, il faut être là où ça se passe. Prochaine étape pour notre équipe : l’ouverture d’un bureau en Asie au premier semestre 2017, probablement à Hong-Kong. L’Asie est en avance sur le reste du monde en matière d’interfaces mobiles. Et AXA Strategic Ventures a bien l’intention d’y prendre sa part.

La Fintech et l’Insurtech

Comme la plupart des métiers – le transport (Uber) et la vente par correspondance (Amazon) en tête – le monde de la finance et de l’assurance a vu depuis dix ans émerger de nouveaux acteurs issus du web. Ils forment ce qu’on appelle la Fintech (contraction de Finance et Technologie) et l’Insurrtech (spécifiquement pour le secteur de l’assurance). Plus souples et téméraires que les mastodontes du secteur, ces jeunes entreprises essaient de remplacer les technologies en place avec des modèles numériques novateurs. A la clé pour les utilisateurs : davantage de rapidité, d’économies et d’automatisation des procédures. En 2016, 20 milliards d’euros en 2016 ont été investis au niveau mondial dans cet éco-système.

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