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L'amour ne s'achète pas et il ne s'assure pas non plus (enfin a priori)

Comment assurer l'inassurable ? TOUS LES ARTICLES  |  Innovation
9 nov. 2015

À notre époque, il est possible d'assurer toutes sortes de choses, des papilles gustatives aux fusées expérimentales (voir comment l'assurance a bâti le monde que nous connaissons et découvrez comment AXA Corporate Solutions prend en charge ces domaines spécialisés), et de nouveaux types de polices d’assurance font leur apparition chaque jour, comme dernièrement le cas de la chanteuse Taylor Swift qui a fait assurer ses jambes pour un montant de 40 millions de dollars.

Alors où se situe la frontière ultime ? Vers quels domaines les compagnies d'assurance peuvent-elles s'orienter pour offrir des produits extrêmement innovants qu'aucun autre assureur n'a jamais osé proposer ?

La lune

Lorsque Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin ont préparé leur mission à destination de la lune en 1969, ils se sont retrouvés confrontés à un problème très terre-à-terre : leur assurance vie. À cette époque, il n'existait tout simplement pas de police à même de couvrir les risques inconnus de la mission Apollo 11 (la NASA n'a commencé à assurer ses astronautes qu'à partir des années 1980), alors ils ont élaboré leur propre « police d’assurance » : leurs autographes.

« Ils ont commencé à signer des autographes le jour où ils sont devenus astronautes », explique Robert Pearlman, collectionneur et historien de l'espace, « ils savaient... qu'il existait un marché pour ce genre de choses ».

Les enveloppes dédicacées, et dont le cachet de la poste témoignait d'une date importante, avaient notamment une grande valeur. Ainsi, pendant la période de quarantaine qui a précédé la mission, l'équipage a passé son temps à signer des centaines d'enveloppes. Si les astronautes étaient décédés au cours de la mission, leur « couverture d'assurance spéciale Apollo 11 » aurait permis à leurs femmes et leurs enfants de subvenir à leurs besoins pendant des années. Ils ont littéralement rédigé, et souscrit, leurs propres polices d'assurance.

De nos jours, les astronautes sont en grande partie couverts par des polices d'assurance privées, tandis que le voyage spatial entre dans une nouvelle ère, porté par des initiatives privées. Par conséquent, les astronautes et le voyage spatial créent des opportunités croissantes pour toutes les compagnies d'assurance, à l'heure où les voyages dans l'espace et le tourisme spatial se développent de façon exponentielle.

Les autographes ne suffisent plus.

Cependant, s'il y a bien une chose à retenir de l'histoire d'Apollo 11, c'est que les indemnités et les primes d'assurance ne devraient pas être évaluées uniquement en termes d'argent liquide dans l'avenir ; elles pourraient être définies sous forme d'objets physiques, de capital intellectuel ou, comme dans ce cas, de signatures.

Qui sait quelle forme prendra l'assurance dans le futur ?

La nostalgie

Bien sûr, il existe des assurances habitation, des assurances de biens mobiliers, des assurances d'objets de valeur et bien d'autres, mais pour l'heure ces polices ne peuvent pas véritablement assurer la valeur sentimentale inestimable que représentent les biens couverts, c'est-à-dire en remplaçant réellement les objets perdus, volés ou détruits.

Le pourront-elles dans l'avenir ?

Et si les compagnies d'assurance étaient capables de recréer physiquement vos biens les plus précieux en cas de sinistre ?

Combien seriez-vous prêt à débourser pour remplacer un disque rayé que vous écoutiez en boucle étant jeune, ou pour cette lettre perdue envoyée par votre premier amour (incluant la texture du papier rose et le motif exact des paillettes) ?

Est-il seulement possible de reproduire des objets existants aussi fidèlement qu'ils porteront même les traces du temps qui caractérisaient les originaux ?

Selon une équipe de chercheurs de l'université de technologie de Delft, aux Pays-Bas, la réponse est oui. Ils ont réussi à reproduire des objets physiquement non reproductibles : de magnifiques œuvres d'art en 3D, allant même jusqu'à imiter les variations d'épaisseur et les différents types de peintures et de matériaux, y compris le cadre du tableau.

Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls. Fujifilm et le musée Van Gogh d'Amsterdam se sont récemment associés pour créer la collection Relievo, des répliques tridimensionnelles d'authentiques chefs-d'œuvre de Van Gogh, réalisées à partir de scans en 3D des originaux, qui valent quelques dizaines de milliers de dollars au lieu de dizaines de millions.

Si l'impression en 3D permet aujourd'hui de reproduire un Van Gogh, alors votre premier bulletin scolaire de l'école primaire ne devrait pas poser de problème dans l'avenir. Peut-être qu'un jour, une sorte de « service de reproduction d'objets » pourra être proposé dans le cadre d'une assurance de biens mobiliers classique. Imaginez un peu, nous n'aurions plus jamais à nous soucier de la perte de nos biens les plus précieux, car ils pourraient être immédiatement remplacés en cas de sinistre. Aujourd'hui, cela reste de la science-fiction mais peut-être que demain, ce ne sera plus que de la science.

Et que diriez-vous de recréer carrément des lieux de votre passé, comme votre maison d'enfance, votre premier appartement ou votre salle de classe de maternelle ?

Ne serait-ce pas merveilleux de redécouvrir ou même passer du temps dans ces endroits, grâce à une sorte d'« assurance de reproduction de lieux » ? Si vous n'avez plus accès à ces sites (parce qu'ils ont été détruits, ont changé de propriétaire, etc.), une police d'assurance pourrait être conçue sur mesure pour vous proposer une reproduction virtuelle dont vous pourriez profiter à loisir. Mieux encore, avec l'impression 3D, vous pourriez disposer d'une véritable réplique grandeur nature à installer, par exemple, dans une pièce de votre maison actuelle. Ces techniques de reproduction de lieux sont-elles irréalistes ?

Pas vraiment. Il existe une application pour cela (et même des appareils particulièrement impressionnants) que vous pourrez découvrir ici.

Bientôt, il sera possible d'assurer la totalité de votre passé, à condition d'en avoir gardé des traces, bien entendu.

L'amour

Et s'il était possible d'assurer la chose la plus fragile qui soit ?

Recherchez une « assurance couple » ou une « assurance amour » sur Internet et vous tomberez sur une foule de plaisanteries bon enfant à ce sujet. Bien sûr, cette idée a déjà été évoquée, notamment dans des articles, mais aucun assureur n'a jamais sauté le pas pour créer ce type d'assurance. Du moins, c'est ce que l'on croit.

En réalité, ce genre de protection se trouve juste là, sous nos yeux, depuis très longtemps. Nous savons beaucoup de choses à son sujet et sur ses répercussions à travers la culture populaire, les films et, pour certains d'entre nous, par notre propre expérience.

Cette garantie s'appelle, tout simplement, le contrat de mariage.

Bien qu'il ne soit pas établi comme une police d'assurance, il en est finalement très proche : il existe un « risque » évident (l'échec de la relation), une sorte de « prime » est versée (les discussions initiales et l'existence d'un contrat de mariage ont un impact certain sur la plupart des couples, car ils éclipsent le romantisme) et il y a une « réclamation » (en cas de séparation ou de divorce) qui implique des « indemnités » (percevoir de l'argent de son conjoint).

Qui plus est, les contrats de mariage, à l'instar des polices d'assurance, sont personnalisables en termes de « risque » et de « versement des indemnités », car les époux choisissent des solutions qui varient en fonction de la durée de la relation, y compris, dans certains cas, une clause de révision (qui stipule que le contrat de mariage devient caduc après un certain nombre d'années).

Les compagnies d'assurance ne se sont pas encore engagées dans cette voie, mais le moment est peut-être venu. Cette protection pourrait être regroupée avec d'autres types d'assurance inhérentes aux couples (comme l'assurance vie ou l'assurance habitation, par exemple). Dans ce cas, la « prime » (qui a une connotation négative dans l'établissement d'un contrat de mariage) diminuerait de façon considérable et la relation serait assurée comme tout autre bien. Irréaliste ? Peut-être. Mais au moins ce serait une manière collaborative d'atténuer les risques liés à une institution qui, dans certaines régions du globe, connaît un taux de divorce supérieur à 60 %.

Malheureusement (ou heureusement), il n'existe toujours pas d'assurance pour les cœurs brisés.

Mots-clés: Innovation