Maxime Alimi Senior Economist at AXA Investment Managers

Eliminating Rent-seeking: a Choice between Two Legitimacies

By Maxime Alimi, Senior Economist at AXA Investment Managers (in French).
Jan 23, 2015

La loi Macron, discutée actuellement au Parlement, redonne de l'actualité à la question de la lutte contre les rentes. Les économistes applaudissent la suppression de ces avantages dont disposent certaines professions réglementées. Les Français y sont au mieux indifférents, au pire hostiles, alors même qu'ils en seront les principaux bénéficiaires.

Ce constat est regrettable, car la réforme cardinale dont la France a besoin, celle du marché du travail, relève elle aussi d'une logique de suppression de rente. Convaincre les Français du bien-fondé de ce principe permettrait d'ouvrir la voie à des questions autrement plus décisives.

Pour y parvenir, il faut convaincre que la lutte contre les rentes n'est pas une question d'experts. Elle relève au contraire de choix politiques, de préférences collectives fondamentales.

La première difficulté est que la rente est une notion beaucoup plus large que simplement le fait d'être assis sur un capital hérité et d'en percevoir les dividendes. Une rente, c'est un avantage dont on dispose, qui ne se justifie pas et qui lèse le reste de la collectivité. Force est d'admettre, à bien y réfléchir, que nous sommes tous rentiers, de près ou de loin.

La seconde difficulté est que la suppression d'une rente revient à un conflit de légitimités. Il est rare que tel avantage accordé à telle partie de la population le soit sans raison. Au contraire, cet avantage est justifié par les circonstances à un moment donné. La rente apparaît lorsque les circonstances changent et que l'avantage n'est plus justifié. La résistance du bénéficiaire de la rente est alors d'autant plus forte qu'il s'appuie sur la légitimité d'hier : il nie que le monde a changé, ou affirme la primauté du passé sur le présent.

Légitimités du présent

C'est ce qui se passe en France concernant l'emploi. Pendant des décennies, en échange d'impôts et de cotisations élevés, la collectivité garantissait des emplois stables et protégés, propices à l'épanouissement personnel. Comment accepter d'abandonner cet avantage alors même qu'on a consciencieusement rempli sa part du contrat et accepté l'impôt ?

Cependant, ces légitimités issues du passé entrent en conflit avec les légitimités du présent. Pour ceux qui ont aujourd'hui 20 ou 30 ans dans un monde globalisé, le maintien de leurs aînés dans des emplois stables et protégés les condamne à l'extrême flexibilité et à la précarité. Parce que les promesses que la collectivité s'est faites hier ne sont plus tenables aujourd'hui, les générations du baby-boom sont malgré elles devenues des rentières qui lèsent les nouveaux venus.

Personne n'a tort ou raison. Mais c'est dans ce conflit de deux logiques que réside le choix : voulons-nous donner la priorité aux légitimités d'hier, ou à celles d'aujourd'hui ? Voulons-nous reconnaître que le monde a changé, ou rester fidèles à ce qu'il a été ? Dans l'un et l'autre cas, il y aura des perdants.

Mais le pire serait de nier la nécessité de faire ce choix. Les résistances au changement s'articulent souvent autour de la notion fantasmée d'un héritage à préserver. Toucher aux rentes, au marché du travail serait une « régression sociale », une remise en cause de l'« acquis social ». Comme si l'histoire avait un sens, inexorable et sacré. Si tel est le cas, il faut bien admettre que, dans cette marche en avant, les jeunes générations restent sur le bas-côté.

Il est clair que la suppression de la rente du marché du travail demandera bien plus que des rapports de technocrates. Si le président Hollande a l'ambition d'oeuvrer pour la jeunesse, dans une France précisément dominée, politiquement, économiquement et médiatiquement par les générations qui ont intérêt à ce que rien ne change, la seule solution viable est d'amener les Français devant un choix sincère et en conscience.

Réformer la France, c'est renoncer aux légitimités du passé pour reconnaître les nécessités du présent. Réformer la France, c'est aimer ses enfants plus que soi-même.